SDC - Swiss Agency for Development and Cooperation

03/12/2018 | Press release | Distributed by Public on 03/12/2018 17:11

Eau – Une responsabilité commune, des solutions communes

Monsieur Mordasini, vous êtes, depuis décembre 2017, l'envoyé spécial de la Suisse pour la gestion de l'eau en Asie centrale. De quoi est-il question concrètement?

Depuis plus de 25 ans, la Suisse participe activement à la coopération au développement en Asie centrale, en particulier au Kirghizistan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan. Pour cette raison, mais aussi du fait de sa neutralité, notre pays est un interlocuteur respecté et crédible dans cette région. Je m'emploie donc à exploiter cette chance et à apporter un soutien aux pays d'Asie centrale en tirant parti des compétences qu'a la Suisse dans la gestion de l'eau.

De nouveaux défis, tels que celui du changement climatique, conduisent à une réduction de la quantité d'eau disponible, alors que la demande ne cesse de croître: en effet, selon les prévisions, la consommation d'eau augmentera de 30% d'ici à 2030.

Une conférence intitulée «Blue Peace Central Asia» s'est tenue en 2017 en marge de l'Exposition internationale d'Astana. Quels défis spécifiques la diplomatie de l'eau doit-elle relever en Asie centrale?

Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, on observe en Asie centrale une gestion transfrontalière de l'eau, qui ne répond toutefois que partiellement aux exigences actuelles. Les représentants des États de cette région, à savoir le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan, se sont rencontrés jusqu'à présent une fois par an, pour fixer des quotas de consommation. L'intensification de la collaboration permettra d'accomplir beaucoup plus, et d'utiliser les ressources en eau, limitées, de manière efficace et durable. L'Asie centrale connaît aujourd'hui un développement très dynamique, et les États sont prêts à engager des pourparlers. Pour cela, ils recourent volontiers au savoir-faire de la Suisse. Dans ce cadre, je peux jouer opportunément un rôle de médiateur. Nous pouvons réaliser beaucoup avec relativement peu de fonds.

La Suisse parle d'un mouvement «Blue Peace». Pourquoi l'eau est-elle considérée comme un facteur de paix?

Il existe, à travers le monde, environ 250 systèmes hydrauliques transfrontaliers, dont une centaine sont réglementés par des traités. Parmi ces systèmes, 35 englobent tous les États riverains. En Europe, c'est le cas du Rhin, par exemple. Pouvoir disposer de règlementations claires est primordial, car il faut s'attendre à une exacerbation des conflits autour des ressources aquifères, alors que les quantités d'eau à disposition diminuent. Or, près de 40% de cette précieuse ressource est perdue, en raison notamment de l'inefficience ou de la vétusté des infrastructures, des canalisations ou des canaux. Par conséquent, si nous aidons les pays à mieux gérer leurs ressources hydriques communes, nous pouvons contribuer à la stabilité et à la paix et, par là même, à prévenir les conflits potentiels.

La coopération Sud-Sud joue un rôle de plus en plus important dans l'aide au développement. Pourquoi cherchez-vous ce rapprochement entre l'Asie centrale et le Sénégal?

La coopération Sud-Sud est, en effet, un élément clé. En l'occurrence, avec la Suisse comme troisième acteur, la coopération devient triangulaire. Au Sénégal, pays d'Afrique de l'Ouest, il existe des solutions très intéressantes en matière de gestion transfrontalière de l'eau, telles que des entreprises appartenant aux États riverains, mais qui opèrent de façon indépendante. Dans ce cas, j'essaie de mettre en relation les deux régions qui, fait important, peuvent tirer un enseignement mutuel de leurs expériences. D'une manière générale j'essaie aussi d'explorer d'autres formes de coopération, dont celle qu'offre l'initiative sur l'eau du Forum économique mondial (WEF), qui est une possibilité à envisager.

Avez-vous d'autres exemples concrets de l'engagement de la Suisse?

La surveillance des glaciers est également un projet novateur. La Suisse possède une vaste expérience dans ce domaine. L'Université de Fribourg observe l'évolution des glaciers en Asie centrale. Les données obtenues, librement accessibles à tous, sont conservées au «Service mondial de surveillance des glaciers», de l'Université de Zurich. Les nouvelles données permettent d'élaborer des modèles plus réalistes pour les ressources en eau du futur. Cela constitue une bonne base pour la coopération transfrontalière en matière de consommation et de gestion de l'eau.

Pourquoi l'eau est-elle si importante dans la coopération au développement?

L'eau n'est pas seulement importante pour l'agriculture, qui en consomme environ 85%: elle a aussi un impact sur la santé. Je pense surtout à l'eau potable et aux équipements sanitaires. Et, si elle joue également un rôle clé dans les secteurs des transports et de l'énergie, elle peut aussi contribuer à divers phénomènes naturels susceptibles de produire des effets négatifs.

La croissance démographique, l'urbanisation, le changement climatique, l'utilisation des terres et la croissance économique ont une incidence directe sur les ressources hydriques. Par conséquent, la gestion intégrée de l'eau est un élément fondamental du développement durable. L'eau en tant que ressource est un élément déterminant de la paix et de la stabilité politique. Mais, avant tout, la question de l'eau ouvre la voie à de nouvelles occasions de coopération et de développement durable!