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SNES - Syndicat National des Enseignements de Second degré

10/10/2018 | Press release | Distributed by Public on 10/10/2018 16:19

Sur les nouveaux programmes de LCA au Lycée

Proposition d'analyse du programme de Seconde, option facultative LCA

Au sujet des objets d'étude

Quatre objets d'étude sont proposés dont un, « Méditerranée, voyager, explorer, découvrir » est obligatoire. La particularité des LCA est de proposer des disciplines dans lesquelles on cherche à aborder les multiples facettes de l'enseignement (littérature, méthodologie de la traduction et du commentaire, lexique, étude de la langue, histoire et civilisation, histoire des arts…). Si on veut faire correctement ce travail et approfondir il est très difficile de traiter quatre objets d'étude. On peut donc se réjouir d'un programme qui se limiterait à trois. Nous regrettons qu'un objet d'étude soit imposé, ce qui restreint la liberté pédagogique. Par ailleurs, on perçoit bien la dimension politique de celui-ci. Les intentions sont louables mais le fait de mettre un programme de latin et de grec au service d'une question de société, si cruciale soit-elle, nous laisse dubitatifs.

Des disciplines à mettre en fiches

Les axes à partir desquels il faut travailler les objets d'étude et les textes s'écartent, nous semble-t-il d'une conception des LCA tournée vers l'étude de l'antiquité pour elle-même, à la découverte de ses civilisations dans ce qu'elles avaient de différent ou de proche de la nôtre. Le programme ainsi présenté donne l'impression d'une option « utilitaire », une option à « mettre en fiches » : confronter un texte antique et un texte de la littérature moderne, maîtriser des mots concepts , connaître des grands personnages et des grands moments de l'histoire antique. Certes ces repères culturels sont importants mais encore faut-il qu'ils fassent sens, les uns à côté des autres et qu'ils éclairent ce qu'étaient la Grèce ou la Rome antiques.

La possibilité de travailler en ECLA

Il est intéressant que les entrées du programme soient communes au latin et au grec, comme c'était déjà relativement le cas, permettant à ceux qui le souhaitent un travail en ECLA (enseignement conjoint des langues anciennes). Nous nous étonnons toutefois de lire que ce dispositif « implique des horaires spécifiques » ce qui ne figure nulle part dans les textes officiels.

Les entrées du programme dans le détail

A travers « L'Homme et l'animal » ressurgit une partie du programme de collège dont nous avions regretté la disparition lors de la réforme de 2016. Ces questions, intéressantes pour des collégiens, devraient l'être également, abordées à un plus haut niveau, pour des lycéens. La même remarque vaut pour la seconde entrée, « L'Homme et le divin ».
La troisième partie, « Soi-même et l'autre », recoupe en partie l'objet d'étude actuel « L'Homme grec » ou « L'Homme romain ». Elle reprend également des bribes des anciens programmes de collège avec la thématique du surnaturel.
La partie obligatoire du programme, « Méditerranée, voyager, explorer, découvrir » propose d'aborder le monde Méditerranéen davantage dans sa dimension poétique ou onirique que dans sa dimension de champ de batailles. A nouveau, on constate qu'à travers cet objet d'étude on retrouve en partie ce qui était proposé aux collégiens sous l'intitulé « L'autre, l'ailleurs », dont nous avions déploré la disparition en 2016.

Tout cela donne finalement l'impression que par le biais des réformes programmes de collège et programmes de lycée se seraient inversés. Tous deux proposent des entrées naturelles dans l'étude des LCA et qui ne sont pas nécessairement plus adaptées à un âge qu'à un autre. Tout dépend en réalité des objectifs que l'on se fixe. Toutefois, sous sa forme actuelle, le programme donne très peu de pistes et ne propose pas de corpus ; il sonne un peu « creux ».

Le portfolio

Nous ne comprenons pas l'intérêt de cet impératif pédagogique. Si certains collègues trouvent pertinent que leurs élèves effectuent ce genre de travaux, libre à eux. Mais pourquoi vouloir rendre obligatoire ce qui relève de la pratique de quelques uns ? N'y a-t-il donc pas d'autres moyens, pour s'approprier des connaissances, que de les fixer sous cette forme imposée ? Nous souhaitons que chacun reste libre de déterminer les exercices et les modes d'évaluation proposés à ses élèves. L'insistance sur l'évaluation de cette réalisation à la fin du document (allant jusqu'à indiquer des critères) montre à quel point il est considéré comme central dans l'enseignement par les concepteurs du programme et non comme un exercice parmi d'autres.

L'étude de la langue

Le programme d'étude de la langue en grec est pour le moins copieux mais il reprend, judicieusement, un certain nombre de points figurant dans le programme de 3ème, vraisemblablement trop ambitieux pour une année de découverte.
En latin, le programme est également assez chargé, d'autant plus chargé que, conséquences de la réforme du collège, tous les latinistes entrant en classe de 2nde n'ont pas forcément bénéficié de 7h de latin sur l'ensemble du cycle 4. Il n'y a rien de très complexe, rien qui ne soit très utile pour se confronter à un texte latin, mais la somme est conséquente.

En conclusion

Le verbe « traduire » et le verbe « interpréter » ne figurent qu'une seule fois dans ce projet de programme et cela révèle à quel point l'enseignement des LCA en option facultative au lycée s'apprête à changer de paradigme en proposant un texte finalement bien moins ambitieux que celui du collège. Autre possibilité, ce programme n'est qu'un embryon de programme, inachevé. Comment comprendre en effet le catalogue des notions linguistiques à aborder si les exercices de lecture, de traduction, puis d'interprétation ne sont pas au coeur des pratiques pédagogiques ?
Une impression d'inachevé, c'est bien l'impression qui reste lorsque l'on arrive au bout de cette lecture. Les objets d'étude sont accompagnés d'une introduction minimale, cadrant vaguement les enjeux de chacun, sans donner plus d'indication. On peut se réjouir de cette liberté pédagogique extrême, on peut aussi trouver cela un peu creux… D'autres questions se posent : Quelle sera la suite de ce programme en classe de 1ère, puis en terminale ? Evacuera-t-on alors complètement traduction et interprétation des textes, réservées aux élèves inscrits en spécialité, pendant que les élèves de l'option feront des portfolios ?