Oxfam International

09/23/2019 | News release | Distributed by Public on 09/22/2019 23:01

Les personnes les plus pauvres au monde reçoivent moins d’un centime par jour pour se protéger des impacts de la crise du climat

Dans un nouveau rapport publié aujourd'hui, juste avant le Sommet Action Climat de New York, Oxfam estime que les personnes qui vivent dans les pays les plus pauvres reçoivent environ 3 dollars par an, soit moins d'un centime par jour, pour se protéger des effets dévastateurs de la crise du climat. Le rapport montre que les citoyen-ne-s de pays comme la Somalie et le Mozambique paient un prix humain et financier croissant du fait de la multiplication des catastrophes liés au changement climatique auquel ils et elles ne contribuent pratiquement pas.

Les promesses d'adaptation au changement climatique formulées par les pays riches sont affectées et notoirement floues, mais l'analyse d'Oxfam laisse penser que les 48 pays les moins développés reçoivent entre 2,4 et 3,4 milliards de dollars par an seulement de fonds pour l'adaptation, c'est-à-dire environ 3 dollars par personne.

Le rapport, Qui fait les frais du réchauffement ?, étudie la situation de la Somalie et du Mozambique, où des millions de personnes souffrent déjà des conséquences de longues sécheresses et de cyclones dévastateurs, autant de signes avant-coureurs de ce à quoi le monde pourrait ressembler dans un futur proche sans mesures urgentes des responsables politiques du monde entier. Les dégâts causés par deux cyclones en début d'année au Mozambique ont coûté 3,2 milliards de dollars au pays, soit plus d'un cinquième de son produit intérieur brut (PIB), ou l'équivalent de 23 ouragans Katrina.

Oxfam publie son rapport juste avant l'ouverture aujourd'hui du Sommet Action Climat de New York, événement où l'on espère que les représentant-e-s politiques du monde entier sauront entendre les revendications des personnes qui font grève pour le climat partout dans le monde et aller au-delà des efforts décevants déployés depuis l'accord de Paris de 2016 pour atteindre les objectifs convenus.

Winnie Byanyima, directrice générale d'Oxfam International, a déclaré : « Les gouvernements riches, qui avaient promis d'aider les nations pauvres à s'adapter à la crise du climat, n'ont finalement pas été à la hauteur. Les nations les plus pauvres et les plus endettées du monde sont celles qui ont le moins contribué à cette crise. Ce sont pourtant elles qui en font les frais. Si nous voulons éviter de voir les crises humanitaires se multiplier, des gens souffrir de la faim et perdre leur vie injustement, nous devons augmenter le montant des subventions pour le climat afin d'aider ces pays à s'adapter. »

L'année dernière, la sécheresse qui a touché la Corne de l'Afrique a rendu plus de 15 millions de personnes tributaires de l'aide humanitaire en Somalie, en Éthiopie et au Kenya. Les cyclones en Mozambique ont rendu 2,6 millions de personnes vulnérables. Si des fonds substantiels étaient alloués à la lutte contre le changement climatique chaque année, les pays pourraient limiter l'impact des chocs climatiques, en diversifiant les cultures, en économisant l'eau ou encore en investissant dans de meilleurs systèmes de suivi météorologique.

En 2009, les pays développés ont déclaré leur intention d'accorder 100 milliards de dollars par an au financement de la lutte contre le changement climatique d'ici 2020 afin d'aider les nations plus pauvres à réduire leurs émissions et à s'adapter. La semaine dernière, le 13 septembre, ils ont annoncé avoir versé 71 milliards de dollars, un chiffre que nous soupçonnons fortement d'avoir été gonflé, mais qui est de toute façon bien loin de l'objectif qu'ils s'étaient fixé.

Le niveau de la dette dans des pays comme la Somalie et le Mozambique exacerbe encore l'impact des chocs climatiques, car il restreint les fonds qu'ils peuvent utiliser pour renforcer leur résilience face à des chocs climatiques et pour baser leur développement sur un modèle caractérisé par de faibles émissions de carbone. La dette de la Somalie s'élève à 75 % de son PIB et tout emprunt destiné à financer la crise du climat risque d'alourdir sa dette. Oxfam estime qu'environ deux tiers des financements dédiés au climat prennent la forme de prêts.

Halima Adan, directrice adjointe de Save Somali Women and Children, une organisation partenaire d'Oxfam, explique : « La famine est le quotidien de millions de Somaliens et Somaliennes, et notamment des femmes et des enfants, qui voient leurs moyens de subsistance décimés par une sécheresse qui, depuis trois ans, se caractérise par l'absence de saison des pluies. Cette crise humanitaire, qui survient si peu de temps après la sécheresse de 2017, est un obstacle supplémentaire pour les communautés affectées qui essayent de se relever. En plus d'une assistance d'urgence immédiate visant à sauver des vies, nous devons prendre des mesures concrètes pour le climat, dans l'objectif de renforcer la résilience afin de limiter l'impact des futures crises humanitaires. »

Jose Mucote, fondateur de l'organisation humanitaire AJOAGO au Mozambique, déclare : « La réponse peu réactive à la désolation causée par le cyclone a accru le risque de maladies comme le choléra et le paludisme, et a plongé de nombreuses personnes dans la dépression, du fait de la forte peine physique, émotionnelle et financière qu'elles ont ressentie à la suite de cette catastrophe. Beaucoup de familles ont encore du mal à trouver assez de nourriture, et déscolarisent donc leurs enfants. Nous devons soutenir ces personnes et œuvrer à ce que la prochaine saison des pluies n'entraîne pas d'épidémies d'autres maladies. »

Oxfam demande aux nations les plus riches de réduire fortement leurs émissions et d'augmenter les financements destinés à l'adaptation climatique des pays les moins développés. Pour cela, elles doivent respecter leur engagement en termes de financement dédié au climat d'ici 2020 et multiplier par deux leurs contributions au Fonds vert pour le climat par rapport.

Notes aux rédactions

Des photos haute résolution de la sécheresse dans la Corne de l'Afrique et des dégâts causés par le cyclone Idai sont disponibles ici : Somalia: https://intermon.resourcespace.com/?c=6947&k=a17d3cc879 Mozambique: https://wordsandpictures.oxfamnovib.nl/?c=1808&k=593281986f

Le Sommet Action Climat 2019, auquel participent chefs de l'État et chefs de gouvernement, se tient à New York aujourd'hui (le 23 septembre). Les Nations unies organisent cet événement pour « concrétiser et accélérer les actions visant à mettre en œuvre l'accord de Paris sur le changement climatique » en demandant aux représentant-e-s des pays de présenter leurs plans pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45 % au cours des dix prochaines années et d'atteindre zéro émission nette d'ici 2050. https://www.un.org/en/climatechange/un-climate-summit-2019.shtml

Oxfam a calculé ses statistiques principales en estimant la quantité de financements destinés au climat réservée à l'adaptation dans les 48 pays les moins développés (de 2,4 à 3,4 milliards de dollars par an), puis en divisant cette somme par la population totale de tous les pays (2,5 à 3,5 dollars par personne et par an). Tous les chiffres sont une moyenne des années 2015 et 2016, la dernière année pour laquelle des données complètes sont disponibles. Découvrez la méthodologie ici : https://oxfam.box.com/s/gd60tjt7e93g78e2w8wzcsuyvyjbz3o3

Le Programme des Nations unies pour l'environnement estime que l'adaptation au changement climatique et la prise en charge des dégâts liés au changement climatique coûtera entre 140 et 300 milliards de dollars par an aux pays en développement d'ici 2030. https://www.un.org/sustainabledevelopment/blog/2016/05/unep-report-cost-of-adapting-to-climate-change-could-hit-500b-per-year-by-2050/

Le 13 septembre, l'OCDE a annoncé que les pays développés avaient mobilisé 71,2 milliards de dollars pour le financement de la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement en 2017. https://www.oecd.org/newsroom/climate-finance-for-developing-countries-reached-usd-71-billion-in-2017.htm

Le 10 septembre, la Global Commission on Adaptation a publié une étude majeure demandant l'accélération des mesures d'adaptation et davantage de soutien politique pour une résilience climatique accrue. https://www.wri.org/our-work/project/global-commission-adaptation