World Bank Group

09/16/2019 | News release | Archived content

Ces jeunes Ivoiriennes déscolarisées qui retrouvent confiance en l’avenir

ABIDJAN, le 16 septembre 2019― En apparence cela ressemble à une scène classique. Pendant que le professeur a le dos tourné, une bande de jeunes filles insouciantes gigotent, grimacent et rient en mimant une scène comique dans leur salle de classe pour s'amuser entre deux cours. Mais aujourd'hui, ces écolières vêtues de la même chemisette rose sagement rentrée dans une jupe plissée bleue et réunies dans un « espace sûr », une salle de l'Institut de formation et d'éducation féminine (IFEF) de Yopougon, à Abidjan, n'ont rien de classique et ont une chose en commun : la vie ne leur a pas fait de cadeau.

Confrontées très tôt à des situations précaires et à un contexte familial souvent difficile, parfois orphelines, elles ont vite décroché de l'école voire jamais été scolarisées. « J'ai arrêté l'école primaire très tôt après le décès de ma mère. Mais maintenant j'ai décidé de me redonner une chance en venant ici pour apprendre à lire et à écrire pour pouvoir poursuivre mon rêve », explique Christelle Balla. Comme près de 20 000 fillettes, adolescentes et jeunes filles ivoiriennes âgées de huit à 24 ans, Christelle refuse de se soumettre au sort que lui impose sa situation actuelle.

Apprendre des compétences pour la vie...

Deux fois par semaine, pendant environ deux heures, elles reconstruisent patiemment leur vie sous le regard avisé et enthousiaste de leur mentor. Au programme, des cours d'alphabétisation, de droit, de santé sexuelle et reproductive, de prévention de violences basées sur le genre, de communication parents-enfants. Mais aussi des activités ludiques, de partages d'expériences et de conseils. L'objectif ? Transmettre à ces jeunes filles des compétences de vie et des valeurs. Entre autres le travail, la vérité, le pardon, la tolérance, le respect, la confiance en soi...

« Au départ les filles étaient intimidées, même quand je leur demandais de chanter leur visage se fermait », se rappelle Koné Awa, mentor d'un quartier du nord d'Abidjan. « Mais aujourd'hui c'est très intéressant d'observer l'impact de l'enseignement sur ces filles. Par exemple lorsqu'on a étudié le thème je me connais, je m'aime, et je me fais confiance, au cours duquel je les ai amenées progressivement à s'accepter telles qu'elles sont et à être fières de leur teint, de leur forme et de leur taille, il y en a une qui m'a dit qu'avant l'atelier, elle avait l'intention de s'éclaircir la peau. Mais qu'après m'avoir entendue elle avait changé d'avis et utiliserait l'argent qui devait servir à acheter la pommade éclaircissante pour s'acheter un poulet et bien manger. »

Recommandées par les autorités locales parfois par les adolescentes participantes elles-mêmes, les mentors sont obligatoirement des femmes et sont sélectionnées rigoureusement sur la base d'un ensemble de critères définis par le projet. Elles doivent notamment avoir entre 25 et 45 ans, savoir lire, écrire et parler la langue locale et être disponibles trois jours par semaine pendant la durée du projet.

Abrités dans plusieurs centres communautaires, quelque 50 espaces sûrs ont déjà vu le jour en Côte d'Ivoire. À terme, le pays en comptera 952. Mis en œuvre par International Rescue Committee, ce concept fait partie du projet pour l'autonomisation des femmes et le dividende démographique (SWEDD en anglais) déployé par le ministère du Plan et du Développement avec l'appui du Fonds des Nations Unies pour la population et un financement de cinq millions de dollars de l'Association internationale de développement, filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée aux pays les plus pauvres du monde.

…et à croire en soi

L'atelier sur les valeurs démarre. Christelle improvise une saynète avec quatre de ses camarades. Ce genre d'exercice lui a permis de développer sa confiance en elle et d'envisager son avenir avec une assurance certaine. « Même si je n'ai pas tout, avec peu de moyen, je sais que je vais atteindre mon but ». Son rêve : devenir « une grande styliste » et s'imposer dans le milieu de la mode.

Elle a appris, par ailleurs, le pardon et la tolérance. « Je n'ai pas été élevée par ma mère, partie trop tôt dans l'autre monde. Et j'ai subi des traitements horribles qui m'ont fait ressentir de la rancœur, mais on m'a appris ici à pardonner et j'ai pardonné, j'ai me suis débarrassée du fardeau de mon passé. »

Christelle se réjouit d'avoir surmonté « une montagne », la honte et la timidité, grâce à cette activité qui lui a permis de renforcer sa confiance en soi. « Avant je ne savais même pas écrire mon propre nom et j'avais honte de m'exprimer devant les gens, mais désormais parler devant un public n'est plus un problème pour moi. Et en plus j'ai aussi appris à faire des maths, je sais bien calculer maintenant. »

Surtout, il y a ces phrases « vous êtes l'avenir de ce pays », « on croit en vous », « votre destin vous appartient », qui à force d'être répétées inlassablement par les mentors résonnent à l'oreille de ces enfances bousculées comme un message d'espoir.

« En permettant aux jeunes filles de développer des activités génératrices de revenus ou de postuler à des emplois qui leur permettrons de subvenir à leurs besoins, nous pensons que l'autonomisation de la femme n'est pas seulement bénéfique pour la jeune fille mais aussi pour la famille, la communauté toute entière et l'économie du pays », insiste Sy Savanneh Syrah, responsable du volet Genre pour le projet SWEDD en Côte d'Ivoire.

Comme Christelle, plus de 19 000 filles ont volontairement rejoint les espaces sûrs à la suite de journées portes ouvertes organisées par les agents de terrains de l'IRC dans les quartiers et villages pour présenter le projet. Dans les six pays de la région sahélienne où il est mis en œuvre (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) le SWEDD a permis de créer plus de 3 000 espaces sûrs et d'accueillir plus de 100 000 jeunes filles.