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Météo-France - Supreme Council of Meteorology

02/27/2020 | News release | Distributed by Public on 02/27/2020 08:50

Xynthia : « Quand le jour s’est levé, le centre météo était entouré d’eau »

27/02/2020

Philippe Bleuse, ingénieur à Météo-France : « Quand le jour s'est levé, le centre météo était entouré d'eau »

Vous avez suivi la tempête Xynthia pour Météo-France. Où étiez-vous à l'époque et quel poste occupiez-vous ?

J'étais à La Rochelle. J'ai vécu la tempête du centre météo de La Rochelle, qui donne sur la baie, tout près du chenal. J'occupais le poste de délégué départemental pour la Charente-Maritime. À ce titre, je participais aux cellules de crise à la demande du préfet.


Centre météorologique de La Rochelle (17). © Pascal Taburet - Météo-France.

Comment s'est déroulé le suivi de la situation ?

Xynthia avait été assez bien prévue et anticipée . Depuis le jeudi, nous savions qu'elle serait en phase avec de gros coefficients de marée. Nous avions attiré aussi clairement que possible l'attention sur le risque de submersion marine.

Le samedi 27 février, à 6 h, 66 départements étaient placés en vigilance orange. À 16 h, la Vendée, la Charente-Maritime, les Deux-Sèvres et la Vienne sont passés en vigilance rouge vents violents. À cette époque, le paramètre ' vague-submersion ' de la vigilance n'existait pas. Mais le message était fort : c'était la première fois que ces départements passaient en vigilance rouge.

Xynthia est passée dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 février, comme prévu. Le début de nuit a été un peu déroutant : nous étions en cellule de crise à 23 h, et, alors que de fortes rafales étaient attendues dès 21 h, il ne se passait rien, le vent était anodin. Cependant il n'y avait aucun doute sur le fait que la tempête allait arriver dans la nuit avec tous les effets que l'on prévoyait en termes de submersion.

Je suis reparti au centre de La Rochelle, qui est situé tout près de la digue du bras de mer qui mène au vieux port. À partir d'1 h du matin le vent a commencé à souffler fort sur l'île d'Oléron. Et c'est à partir de 3 h du matin que cela a commencé à être impressionnant : les vents étaient de plus en plus violents et la submersion s'est engagée. Les vagues passaient par-dessus la digue. C'était assez spectaculaire. Des paquets d'eau s'écrasaient sur la fenêtre du centre météo. Il y a eu des coupures électriques générales dans le quartier et on s'est retrouvé sans électricité, sans chauffage, sans lumière… et sans données, donc sans aucun moyen technique pour suivre la situation. Nous avons vécu la tempête comme tous les Rochelais et attendu qu'il fasse jour. Le lendemain, le bâtiment était entouré d'eau !

Y avait-il eu des précédents qui pouvait alerter sur le type de conséquences ?

Pas vraiment. Mais nous avions en tête les submersions provoquées par la tempête Martin, en 1999. Celle-ci était cependant d'une configuration différente : Martin était un d'une intensité exceptionnelle mais n'était pas en phase avec la pleine mer. Le coefficient de la marée astronomique était moyen... Contrairement à Xynthia qui n'était pas une tempête exceptionnelle, mais qui est arrivée en phase avec la pleine mer ! Il s'agissait bien d'un événement exceptionnel : de telles submersions ne se rencontrent que 2 ou 3 fois par siècle… La dernière submersion importante en Charente-Maritime s'était produite vers la fin des années 1950.

Les dégâts étaient beaucoup moins importants, car le littoral était bien moins urbanisé. Si on regarde Xynthia, la plupart des maisons touchées étaient des maisons de moins de 20 ans.

Si cette tempête se produisait aujourd'hui, pourrions-nous mieux l'anticiper ?

Les moyens dont nous disposons sont très différents aujourd'hui, tant en termes de prévisions que d'informations. Le grand mérite de la vigilance est de faciliter l'appréhension par le public et les autorités du degré de la gravité des différents aléas. Aujourd'hui, le fait que la vigilance submersion soit traitée en tant que telle attire forcément l'attention et le message passe mieux.

Il y a eu un travail conséquent au sein de Météo-France pour bâtir la vigilance vagues-submersion, assis sur d'importants travaux menés en partenariat, avec le SHOM notamment. Cependant, il ne suffit pas de bien prévoir, il faut aussi que les comportements de la population s'adaptent en conséquence et respectent les conseils des pouvoirs publics. Par ailleurs, il est indispensable de travailler en amont sur les politiques d'aménagement du littoral.

Vous avez ensuite travaillé pour Météo-France en outre-mer. Comment nos littoraux ultramarins sont-ils concernés par ce risque submersion ?

Ce sont des territoires particulièrement vulnérables, potentiellement touchés par des cyclones tropicaux. Il s'agit souvent d'îles de très petites tailles, où une grande partie de la population vit sur le littoral. Deux phénomènes peuvent y provoquer des submersions : la houle d'hiver, et le passage de cyclones tropicaux. Ils peuvent être extrêmement violents. Par exemple, le passage de l'ouragan Irma à Saint-Martin, avec des rafales au-delà de 300 km/h, a engendré une submersion majeure : la plupart des agglomérations ont été sous l'eau. Irma était sans précédent. Il faut remonter à Luis en 1995 pour retrouver un phénomène comparable sur les Antilles.